• Eglise SThomas vue de la place Bugeaud
    Eglise SThomas vue de la place Bugeaud
  • Autel central
    Autel central

Visite de l’église d’Excideuil

Et voici l’Église St-Thomas…

De fort loin, l’étrange physionomie de son clocher nous prévient que le vénérable sanctuaire a subi des outrages dont le temps n’est pas seul responsable. Victime des guerres, du feu et des soins maladroits qui lui furent prodigués, notre vieille église paroissiale offre cependant encore assez d’attraits pour retenir le visiteur.

Érigée au XIIème siècle dans la cadre du monastère St-Thomas, elle s’agrandit vers le Sud au XIIIème pour recevoir les fidèles toujours plus nombreux qui peuplaient le bourg alors en pleine croissance. Il ne subsiste de l’église primitive plusieurs fois incendiée et presque entièrement reconstruite au milieu du XVème siècle que le grand portail et le gros oeuvre du bas côté nord flanqué au XVIème siècle d’une tourelle carrée.
Ont disparu le haut clocher octogonal, la chapelle Saint-Jean où reposaient les Pasquet de Savignac et les la Porte de Puyferrat, la chapelle du Rosaire construite au XIVème siècle.
L’aspect des abords immédiats de l’édifice a subi lui aussi, d’importantes modifications. Le vieux cimetière paroissial qui cernait le chevet de l’église et s’étendait au Nord jusqu’à l’actuelle rue de la Procession a été bouleversé au siècle dernier et l’on a dispersé les sarcophages en forme d’auge et les pierres tombales ornées de croix fleurdelisés qui attestaient l’antiquité de ce champ de repos.


Nous pénétrons dans Saint-Thomas par le Grand Portail, non sans avoir admiré au passage le portail latéral Sud. Ses sculptures flamboyantes, exécutées à la fin du XVème siècle pour Jeanne de Bretagne, nous disent, avec une grâce que les mutilations révolutionnaires ont à peine altérée, tout ce que notre église doit aux seigneurs d’Excideuil.

La voûte de la nef est une réplique moderne de celle dont l’incendie de 1420 provoqua l’effondrement et qui fut alors remplacée par un lambris de bois sculpté à pendentifs puis, à la fin du XVème, par un plafond polychrome en anse de panier.

A droite, en pénétrant dans l’église, arrêtons-nous devant la niche —une minuterie située sur la boiserie en permet l’éclairage – où s’abrite une émouvante Vierge de Piété polychrome du XVIème siècle dite Notre-Dame d’Excideuil ; ses traits expriment la douleur et la résignation avec une rustique simplicité.— Durant la Terreur, cette Vierge fut cachée par des mains pieuses dans la maison qui fait face au grand portail de l’Église, à l’angle sud de la rue Saint-Antoine.


A l’extrémité, on remarquera surtout le riche retable ornant de la chapelle Saint-Joseph –devenue par la suite chapelle Sainte-Constance– qui provient des Cordeliers et retrace avec la magnificence du XVIIe les scènes de la Nativité, de la Visitation, de l’Adoration des Mages et de la Circoncision. Panneaux sculptés et statuettes en robe franciscaine s’ordonnent en un fastueux théâtre sacré, didactique mais vivant comme un mystère médiéval.


Retable en bois doré provenant du monastère des Cordeliers

« L’aspect compliqué des pots-à-feu des motifs en spirales, des ornements variés, choque au premier regard. Mais qui tarderait à goûter, en contrepartie, l’étonnante fraîcheur de cet ensemble scintillant et si bien conservé ? Et puis, dès qu’on approche, quelle finesse dans les statuettes ou les bas-reliefs !

Quelle sereine expression religieuse en tout ce travail !
Cependant, pour pénétrer plus avant, jusqu’à la raison profonde de l’œuvre, il faut une clef d’ordre théologique et spirituel. Nous avons ici un mémento de l’idéal entier des frères mineurs. Observants, dits « Cordeliers », du XVIIème siècle français. Tout se passe comme si les frères avaient voulu alimenter leur oraison quotidienne et la prière de leurs dévots grâce à une imagerie appropriée. Considérons, pour commencer, les motifs traités verticalement au centre de l’autel :
Ce sont, de haut en bas:
- une petite croix, qu’exigent les règles liturgiques ;
- au-dessous, une imposante et assez expressive statue de St Joseph ;
- un Dieu le Père, à la barbe solennelle, créant le monde, et ouvrant les bras au beau Jésus crucifié de la porte du tabernacle ;
- Sur l’antepedium enfin, un personnage dans une gloire paraît bien être, encore, un St Joseph. Nous savons donc déjà que cet autel est dédié à ce saint, modèle accompli de toute vie chrétienne et religieuse, tant célébré par le grand prédicateur des frères Observants, Saint Bernardin de Sienne. Le choix et la disposition des sujets suppose également le souci d’exprimer de grandes idées théologiques : Jésus-Christ, chef d’œuvre, Roi et raison d’être de toute la Création ; identité du Jésus de la Croix et de celui de l’hostie (ces divers thèmes étant particulièrement chers aux Franciscains).

Examinons à présent l’étage horizontal du retable à hauteur du tabernacle : nous avons quatre bas-reliefs de l’enfance du Sauveur que séparent des statuettes dont la moitié représente des Saints Franciscains. Et d’abord les bas-reliefs. Ils sont d’un art de haute qualité, supérieur à ce que l’on attendrait de ce retable de campagne. Ce sont, du coté de l’évangile : la Nativité et la Visitation ; du coté de l’épître, une scène qui pourrait être une circoncision, mais a plus de chance d’être une Présentation au Temple ; et puis une adoration des Mages. Ces mystères ont certainement été choisis de manière à faire figurer partout St Joseph. Dans une visitation, sa présence, sans aller contre le reste de l’évangile, est assez inusitée ; mais cela nous vaut une scène d’accueil d’un couple par un autre extrêmement attendrissant. Nativité et Adoration des Mages, quoique fines, sont plus classiques ; la présentation, d’un haut sentiment religieux, évoque certaines œuvres de la Renaissance Italienne.
Pourquoi donc ici tant de tableaux de l’enfance du Christ ?
A cause de la dédicace de l’autel à Saint-Joseph, assurément ; mais en relation aussi avec la piété toute évangélique et mariale que les Franciscains de l’Obversance avaient déjà fixée pour leur usage dans le Chapelet des Sept Allégresses de Marie.
Les Saints qui alternent avec les bas-reliefs sont, eux aussi, choisis avec soin. De gauche à droite avec nous :
- un soldat Romain, vraisemblablement Saint Sébastien le martyr à qui le couvent d’Excideuil était dédié, peut-être en raison de l’ascendance Gauloise de ce Saint ;
- Saint Dominique dont la présence en cet autel évoque son amitié personnelle pour St François, ainsi que les relations affectueuse des deux ordres au cours des siècles.
Au centre, entourant immédiatement le tabernacle, St François d’Assise et Ste Claire. Ils méritent cette situation de choix par leur amour de l’ Eucharistie, par leur titre aussi de fondateurs des deux ordres jumelés dont Excideuil avait, à partir de 1621, le privilège de posséder un couvent de chacun.

Du coté de l’Épître, enfin, deux Saintes de l’antiquité, peut-être celles dont les reliques se trouvaient en cet autel. Le vocable local « d’autel de Ste Constance » permet de risquer un nom pour l’une d’elle.
Toutes ces statuettes ont trop l’allure de poupées et ne valent point les bas-reliefs ; nous ne feront exception que pour l’émouvant St François d’allure très italienne, et pour la paysanne de nos marchés habillée en Ste Claire.
L’étage supérieur présente des médaillons, des pots-à-feu et autres motifs de décoration dans le goût du temps, qui n’est plus le nôtre ; mais également deux Saints Franciscains trop poupons eux aussi.
- A gauche, c’est St Bonaventure, le grand Docteur de l’Ordre, reconnaissable au chapeau de Cardinal, appuyé à sa jambe ;
- A droite, un Saint Antoine de Padoue portant le petit enfant. La présence de Saint Antoine ici est moins banale qu’on ne le pense : il fait pendant à St Bonaventure, car l’ordre Franciscain l’a sans cesse vénéré lui aussi comme Docteur… Et puis il fut le grand apôtre du Limousin, dont Excideuil est si proche ; et c’est même en Limousin qu’une vieille légende place la fameuse apparition qu’il aurait eu de l’enfant Jésus.
Remarquons, au passage, l’habit de tous les Franciscains de ce retable : c’est celui des « Cordeliers » français dont les originalités sont : la corde à trois nœuds de plusieurs enroulements chacun ; le capuchon à vaste mosette descendant au dessous de l’épaule ; la large tonsure monastique dite »couronne » ; le chapelet, dit, lui aussi, « couronne » ; les pieds nus avec les socques de bois ou de cuir.
Ste Claire est vêtue en Clarisse Urbaniste, d’un habit aussi apparenté que possible à celui des frères.

Cet autel porte également, sur les rebords latéraux de la table, deux reliefs… A gauche, St Pierre et ses clefs ; à droite, St Marc et son lion. Peut-être a-t-on voulu, par là, rappeler la fidélité de l’Ordre des Mineurs au chef de l’Église, et à celui des évangélistes qui fut son porte-parole. L’évangile selon St Marc est, par ailleurs, à notre avis, par son goût du concret, du tableau concis et saisissant, par sa fougue ordinaire, le plus proche de l’esprit St François. [Frère Fidèle OFM *** (In bulletin SHAP avril - juin 1953) ]

Remarquons qu’au milieu du XIVème siècle apparaissent à Excideuil les frères de Saint Antoine de Viennois qui consacraient leur activité aux malades atteints du « Mal des Ardents ou Feu de St Antoine (ergotisme) » (In EXCIDEUIL de Jean de BEAUGOURDON et Jean Paul LAURENT, éditions Graphica, Excideuil P.38). Tout en face de l’église on peut admirer les immeubles de la commanderie de St Antoine et parcourir la rue Saint Antoine, la rue des Potiers d’étain.

** Le Frère fidèle consacra un autre article à deux autres retables franciscains de la région ceux de St Romain, près de Thiviers, et de Nantheuil, tout proche de ce dernier. ( Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord de juillet - septembre 1953).
Notons, également, qu’Excideuil était de la mouvance de Limoges.

Des bustes reliquaires contenant des restes de Sainte-Constance rappellent la dévotion particulière que la Comtesse de Périgord, Marie-Françoise de Talleyrand, avait pour cette martyre qu’Excideuil fêtait –il y a peu de temps –encore chaque année, en Septembre, avec éclat. A main gauche, un tableau du XVIème perpétue les traits d’une famille noble de donateurs groupés autour du Calvaire; famille étrangère à notre province et qui peut être un rameau Montmorency, si l’on en juge par les alerions d’azur qui sèment son blason.

eglise0010 net.jpg

Les fenêtres du chœur ont été refaites au XIXème sur le modèle de celles de l’église des Cordeliers et sont ogivales géminées, garnies de vitraux modernes aux armes du Maréchal Bugeaud, du Pape Pie IX et de la ville d’Excideuil « de gueules à la tour d’argent maçonnée de Sable», Mentionnons également les armoiries épiscopales «de gueules au chevron d’argent ; accompagné de trois pommes de pin d’or et surmonté d’un croissant du second » qui sont celles de Monseigneur Gay, issu d’une très ancienne famille excideuillaise.

La Révolution a détruit tout ce qui pouvait rappeler ici le souvenir des Bretagne, des Peyrusse des Cars ou des Talleyrand. Une lettre adressée au comte de Périgord par le Lieutenant du Marquisat nous apprend en effet que Saint-Thomas fut envahi par des émeutiers en Juillet 1791 : «le jour de la Fête du Saint-Sacrement l’on enleva les écussons des armes de votre illustre maison qui étaient adaptés au dais que feu la comtesse de Périgord avait donné en témoignage de sa bienveillance pour les habitants d’Excideuil. Je les réclamai pour les soustraire des mains malfaisantes qui voulaient les mettre à un usage humiliant pour insulter la mémoire de cette dame ».
On peut supposer que les «mains malfaisantes» s’abattirent également sur les objets du culte et barbouillèrent la litre, large bande peinte autour de l’église portant à intervalles réguliers le blason des Talleyrand «de gueules à trois lions d’or armés, lampassés et couronnés d’azur».

Dans la muraille du bas-côté Nord s’encastre le tombeau moderne de l’abbé Dardé, qui fut curé d’Excideuil; on y remarque des éléments remployés des XIVème et XVIème siècles.

Nous ressortons par le grand Portail dont la décoration, mariant le roman du XIIème au gothique en un style de transition très expressif, résume l’histoire architecturale de la vieille église. La phase la plus ancienne de cette histoire s’inscrit dans la façade sous les aspects d’un second portail, aujourd’hui muré ; de proportions modestes et orné de pointes de diamant. Il représente, sans doute, l’entrée du sanctuaire primitif dont les dimensions n’excédaient pas celles du bas côté Nord. Face au portail se dresse un haut logis désigné sous les noms du Commanderie desTempliers et de la Commanderie Saint-Antoine.

 


 

 

 





*:.Obiwane