Sur les pas du Maréchal Bugeaud
Sur les pas du Maréchal Bugeaud
Document de visite à l’Office de Tourisme*.
En 1815, alors qu’il avait été mis en demi-solde, le colonel Bugeaud écrivit au Duc de Bellune, pour solliciter sa réintégration dans les cadres de l’armée. Dans ce courrier très officiel, il souhaita se situer géographiquement, et s’exprima en ces termes “je suis d’Excideuil département de la Dordogne, mon père était un des bons gentilshommes de sa province”.
Pour bien comprendre les liens tissés entre la famille Bugeaud et la ville d’Excideuil, il faut se pencher sur les ancêtres du Maréchal qui furent les auteurs de ce rapprochement.
Depuis le début du XVIIIème siècle (1708), Louis Bugeaud bisaïeul du Maréchal affermait la forge basse de Gandumas. Non content d’être notaire royal à Lanouaille, il acheta une charge de conseiller du Roi auprès de la Cour des Aides de Montauban. Cette charge étant anoblissante, il ajouta à son nom celui des terres acquises par sa famille au fil des siècles. Ainsi, il devint : Louis Bugeaud écuyer, seigneur des fiefs de la Ribeyrolie, la Piconnerie, les Plasses et la Durantie. Louis, s’inscrit dans la montée en puissance d’une bourgeoisie d’affaires, active, dynamique mais dont le grand rêve était non seulement de posséder un titre de noblesse, mais aussi de participer activement à l’expansion économique de sa province d’origine. Cette noblesse de robe, très récente de surcroît, à une époque où il était bon de posséder derrière soi une longue lignée noble, ne fut jamais bien acceptée par la noblesse d’épée. Même si certains de leurs contemporains les considérèrent comme des “parvenus”, l’ascension sociale de la famille Bugeaud se prolongea jusqu’à la veille de la révolution.
“Le vécu” des Bugeaud à Excideuil commença en 1740, lorsque Simon le grand père du Maréchal loua une maison Rue du Roc.
1ère halte - rue du Roc (Maison Combescot)
Simon Bugeaud exerça longtemps la profession de Maître de Forge. À cette époque, la forge basse de Gandumas était très active. Simon avait épousé une demoiselle de souche excideuillaise, Marie Dalesme (ou d’Alesme on trouve les deux orthographes) ce qui explique peut être le choix de leur résidence. Lorsqu’ils louèrent la maison, elle était la propriété de l’abbé Boysset (ou Boisset), alors curé de Sarliac. La famille était fort nombreuse, Marie et Simon avaient eu 24 enfants, dont Jean-Ambroise, père du futur maréchal né en 1830.
À partir de 1754, Simon Bugeaud vécut de ses rentes très importantes et se retira à la Durantie, berceau de la famille. Certains enfants demeurèrent à Excideuil dont Pierre, seigneur des Plasses, qui signa en 1790 dans la ville, “l’acte d’union de tous les citoyens”. Jean Ambroise le père du Maréchal habita aussi cette maison. Il revint fréquemment à Excideuil certainement chez ses deux frères qui y habitaient … mais où ? Le mystère reste entier à ce jour.
En 1771, Jean-Ambroise qui se paraît du titre de Marquis, épousa à Paris, Françoise Sutton de Clonard une jeune noble irlandaise. Le couple s’installa à Limoges, dans un hôtel particulier de la Rue Cruche d’or, où naquit le 15 octobre 1784, Thomas Robert 14ème et dernier de la famille (7 enfants restèrent en vie Patrice / Ambroise/ Thomassine / Françoise-Philis / Hèlène-Éléonore / Marie-Antoinette / Thomas-Robert).
Après avoir parcouru l’Europe avec l’armée de Napoléon, le jeune colonel Bugeaud fut mis en demi-solde, pour avoir soutenu “l’usurpateur”. Tout naturellement, il revint en Périgord. Il acheta tout d’abord un domaine à Saint-Pantaly où il s’attacha à pratiquer une agriculture moderne, tournée vers un progrès encore inconnu dans la région.
Après son mariage avec Élisabeth Jouffre de La Faye, il racheta la Durantie puis acquit une maison confortable à Excideuil.
2ème halte - Rue d’Isly, maison du Professeur Dufraisse
La Maison de la Rue d’Isly (ex rue Porte-Faucher) fut acquise par le Maréchal dans les années 1830. Pourtant lors de son mariage en 1818, sur l’acte religieux, le jeune époux est domicilié à Excideuil. Plusieurs lettres de 1826 sont aussi datées d’Excideuil, et son fils Léonard (dit Léo) est né dans cette ville en 1829. Faut il penser, que les Bugeaud possédèrent un autre immeuble à Excideuil ?
En 1830, alors qu’il résidait dans la ville, la révolution de juillet l’amena à organiser la garde nationale. Son expérience militaire lui fit créer deux compagnies afin d’assurer le maintien de l’ordre, et de gagner en mobilité d’intervention. L’armée le réclama à nouveau, et il partit pour Grenoble comme commandant du 56ème de ligne. Là, il apprit la disparition prématurée de son petit garçon. À Excideuil où il revint, il acheta une concession au cimetière où “le petit Léo” fut inhumé.
En 1831, poussé par ses amis il se lança dans la politique. Député de la circonscription d’Excideuil il fut réélu avec plus ou moins d’avance sur ses adversaires, jusqu’en 1848 (élections du 7 juillet 1831 : Bugeaud 93 voix, son adversaire le Docteur Montagut 88 voix).
Son action politique, son salon très fréquenté (pas toujours innocemment), ses travaux agricoles le firent surnommer, “le Cincinnatus d’Excideuil” (Cincinnatus fut un général romain mais aussi un dictateur).
Las de la politique, il se retira sur ses terres s’acharna à défendre les agriculteurs et à moderniser leurs techniques. Appelé en Algérie, il n’oublia pas Excideuil et y revient chaque fois que ses congés le lui permettaient. Madame Bugeaud appréciait cette maison, et la vie beaucoup plus animée à Excideuil qu’à la Durantie.
En 1858, la ville d’Excideuil décida de débaptiser la Rue Porte-Faucher pour l’appeler Rue d’Isly. Ainsi, était immortalisée tout près de sa maison, la brillante victoire remportée sur les rives de l’Isly contre 30.000 Marocains, le 17 août 1844. La nouvelle plaque fut inaugurée par le Maire et son conseil municipal, le jour de la fête de la Sainte-Constance, le dimanche 5 septembre à 7 h du matin.
3ème halte - L’Église au XIXème siècle
L’église Saint-Thomas se trouvait en fort piteux état. Les incendies, les ravages de la révolution, rien depuis des siècles ne lui avait été épargné. De grands travaux de restauration furent alors entrepris, pour lui redonner l’éclat qu’elle avait connu au XVème siècle grâce aux travaux effectués sur ordre de Jeanne de Bretagne. Les familles de notables, les congrégations religieuses, les associations offrirent des vitraux. Dans le chœur, à gauche de l’autel, on peut encore admirer celui offert par la famille Bugeaud. Il porte très discrètement les armes des Bugeaud, et la devise du Maréchal “Ense et Aratro”. Dans la chapelle de Sainte-Constance, à gauche du retable de Saint-François, on peut encore voir un tableau, arrivé à Excideuil, grâce à l’intervention du Maréchal. Il s’agit de la “descente de la croix”.
En 1850, Madame la Maréchale Bugeaud vint voir le prêtre de la paroisse, afin de lui demander de célébrer une messe à la mémoire de son défunt mari et d’y convier tous les excideuillais et gens des alentours. Le prêtre craignant que son église ne fût trop petite pour contenir la foule, conseilla à la maréchale de dresser un autel en plein champ. Ses enfants l’ayant découragée d’entreprendre une telle chose, Madame Bugeaud fit dire une messe en l’église Saint-Thomas… mais il ne vint que 30 personnes.
4ème halte - La Fontaine Bugeaud
Le 30 janvier 1833, lors d’une fête aux Tuileries, le Comte d’Argout alors ministre de l’intérieur, demanda au Général Bugeaud s’il accepterait “une mission de confiance et de dévouement”. Sans attendre plus d’éclaircissement, Bugeaud qui était au service de l’État, répondit oui. Bugeaud adorait danser et quitta le bal fort tard. De retour chez lui il trouva l’ordre de partir pour la forteresse de Blaye. À la citadelle était détenue la duchesse de Blaye, nièce de Charles X, mère d’Henri de Bourbon dont elle voulait faire le Roi Henri V. Elle avait débarqué en France, avait tenté de soulever la Vendée et avait été arrêtée à Nantes, au terme d’une aventure des plus rocambolesques. À contre cœur , le général accepta sa nomination de gouverneur de la citadelle de Blaye. Ce fut avec beaucoup de réticence qu’il accepta ce rôle de geôlier qui ne lui semblait guère glorieux pour le soldat qu’il était. Cette mission fut rendue encore plus pénible par la grossesse de la Duchesse, veuve depuis de nombreuses années. Bugeaud savait qu’il serait plus tard critiqué, calomnié, mais chez lui le devoir d’obéissance l’emportait. Il eut avec la Duchesse quelques difficultés, car elle n’était pas du style à plier devant un représentant des Orléans qu’elle considérait comme une famille d’usurpateurs. Le général, à force de courtoisie obtint d’elle une confession : elle avait épousé secrètement le comte Lucchesi-Palli, et attendait un enfant de cette union. Lorsqu’elle eut accouché d’une petite fille, Bugeaud raccompagna la mère et l’enfant à Palerme.
La monarchie pour récompenser Bugeaud, lui offrit une somme de 30.000 francs. Au départ, il songea à refuser cet argent qui lui rappelait de bien mauvais souvenirs. Puis, il se ravisa et pensa que ces 30.000 francs pourraient être utiles aux deux villes auxquelles il était très attaché, Lanouaille et Excideuil. Il partagea donc l’argent entre les deux bourgs, grâce à lui, les excideuillais purent avoir l’eau courante qu’ils réclamaient à corps et à cris, depuis de longues années à leur municipalité.
La source de Leyraudie fut captée, son propriétaire Monsieur de Beauregard en accorda gratuitement la concession et demanda à titre compensatoire, “un bassin pour son jardin de la rue des Cordeliers”. Le 18 juin 1833, la municipalité d’Excideuil nomma quatre commissaires chargés de surveiller les travaux : Chavoix, Debotas, Vendeuil et Rabaud tous membres du conseil municipal. Un château d’eau semi-enterré fut édifié sur une colline face à la source. Manuel Morens sculpteur du palais de justice de Périgueux exécuta la construction de la fontaine. La fonte fut fournie par la forge de Monsieur Festugière, beau-frère du Maréchal. Plusieurs bornes fontaines furent aussi installées dans la ville. Le Maréchal avait insisté pour que son quartier en possédât une. Elle devait se situer entre la rue du Repos et la rue du Four.
Excideuil reconnaissante, aurait du placer sur le monument une plaque de marbre noir portant l’inscription : “Au Général Bugeaud — Député — La ville d’Excideuil reconnaissante” ou plus sobrement “Donné par le Général Bugeaud, Député”.
Le 5 septembre 1858, la place du marché où trône toujours la fameuse fontaine fut débaptisée et devint la Place Bugeaud.
5ème halte - La rue Jean-Chavoix
Au n° 12 de cette rue habitait Jean-Chavoix, ennemi politique de Bugeaud. Jean-Baptiste Chavoix était médecin et son caractère vif et emporté égalait celui de Thomas-Robert Bugeaud. Au départ les deux hommes furent amis. Chavoix (né en 1805 et mort en 1881) demanda même à son aîné des conseils. Peu à peu, Chavoix qui était à gauche ne comprit plus l’homme de l’ordre, favorable à une droite modérée et partisan de la censure qu’était Bugeaud. À partir de 1836, le fossé entre les deux hommes se creusa. Chavoix était maire d’Excideuil, conseiller de l’arrondissement de Périgueux et faisait triompher ses idées totalement opposées à celles de Bugeaud. Chaque fois que Bugeaud se présentait et obtenait un succès électoral, Chavoix hurlait à l’irrégularité… En 1846 le Maréchal Bugeaud fut très difficilement élu et une chanson en forme de pamphlet raconta sa discrète élection à Excideuil. La crise entre Bugeaud et Chavoix atteignit son paroxysme en 1848. Bugeaud qui ne supportait plus son adversaire politique l’avait surnommé “le Diafoirus électoral d’Excideuil”.
Après les journées révolutionnaires de février 1848 et la naissance de la république, Bugeaud accusé de tous les maux par ses détracteurs comprit qu’il lui était impossible de se représenter en Dordogne. C’est en Charente-Inférieure (Charente-Maritime) qu’il fit campagne et il y fut élu triomphalement. Mais le Maréchal ne désarmait pas, un succès dans une province étrangère ne lui suffisait pas, c’est chez lui en Dordogne qu’il voulait être élu.
6ème halte - Le Champ de Foire
En 1832, après avoir crée le 1er Comice Agricole à Lanouaille en 1824, Bugeaud organisa celui d’Excideuil. Sur le champ de foire étaient exposés, le bétail, les produits agricoles et le matériel nouveau tel que le fameux cultivateur qui permettaient un labour plus profond. Bugeaud, en tant que président du comice remettait des primes à 20 agriculteurs qui avaient accepté d’innover. Son discours toujours prononcé en occitan, car il possédait sur le bout du doigt cette langue, était simple et direct et s’attachait toujours à faire de l’agriculture la base économique du pays. Après les discours, le banquet, tradition oblige en Périgord réunissait tous les participants. Le soir un bal champêtre clôturait le comice qui devint très vite une des grandes fêtes de la ville.
Sur cette place aussi, Bugeaud connut une affreuse déception. Lors des élections législatives de mai 1849, il se présenta sur une liste modérée. Face à lui, la gauche menée par un Jean-Baptiste Chavoix alors très populaire à Excideuil. La gauche l’emporta avec 62.200 voix, sur le canton d’Excideuil, la liste Bugeaud ne recueillit que 751 suffrages contre 1917 pour ses adversaires. À Excideuil, les partisans de Chavoix se rassemblèrent au Champ de Foire, firent la fête et dansèrent. Quant au Maréchal amer et écœuré, il se cloîtra dans la maison de la rue Porte-Faucher.
7ème halte - La Statue de Bugeaud
En 1852, La statue fut inaugurée à Alger. Elle se trouvait Place d’Isly au cœur de la ville. Elle traduisait le rôle essentiel du Maréchal dans la conquête et l’organisation de ce pays. En Algérie, Bugeaud participa à 5 expéditions entre 1836 et 1847. Il fut aussi gouverneur général d’Algérie. En 1844, la bataille d’Isly le vit obtenir le titre de Duc. Lorsque la France quitta l’Algérie, la statue de la Place d’Isly fut rapidement descendue de son piédestal et expédiée à bord d’un cargo, via Marseille.
Excideuil où le souvenir du Maréchal était lien vivant s’empressa de la réclamer. Malheureusement, elle fut dans un 1er temps attribué à Albertville. Le Maréchal il est vrai, avait été colonel à Grenoble, puis commandant en chef de l’armée des Alpes à Lyon. Or, les excideuillais ne désarmèrent pas. La municipalité bien aidée par un comité de soutien, obtint le retour de la statue dans la ville où il avait vécu et où certains lieux témoignent encore de son existence. Érigée sur la place des Promenades en 1967 elle aurait du être inaugurée en 1969, mais la cérémonie en raison de la maladie du maire fut annulée.
Après avoir été restauré, la statue put être enfin inaugurée le 20 juin 1999. 150 ans après sa disparition (le 10 juin 1849) Excideuil lui rendit un hommage mérité. Le Maréchal Bugeaud est mort à Paris (le 10 juin 1849) du choléra, qui dans la capitale, fit ce jour là 672 victimes.
Sources utilisées :
Archives municipales d’Excideuil / Général Azan : Bugeaud / J.P. Bois : Bugeaud / Maurice Andreux : ” Le Père Bugeaud ” / Jean Mauhourguet : Bugeaud le Soldat-Laboureur / Édouard de Lamaze : Bugeaud / Comte d’Idéoille : Correspondance du Maréchal Bugeaud.
© Jacqueline Desthomas — S.I. Excideuil — Dépôt légal Juin 2000/2008
Document de visite à l’Office de Tourisme*.
En 1815, alors qu’il avait été mis en demi-solde, le colonel Bugeaud écrivit au Duc de Bellune, pour solliciter sa réintégration dans les cadres de l’armée. Dans ce courrier très officiel, il souhaita se situer géographiquement, et s’exprima en ces termes “je suis d’Excideuil département de la Dordogne, mon père était un des bons gentilshommes de sa province”.
Pour bien comprendre les liens tissés entre la famille Bugeaud et la ville d’Excideuil, il faut se pencher sur les ancêtres du Maréchal qui furent les auteurs de ce rapprochement.
Depuis le début du XVIIIème siècle (1708), Louis Bugeaud bisaïeul du Maréchal affermait la forge basse de Gandumas. Non content d’être notaire royal à Lanouaille, il acheta une charge de conseiller du Roi auprès de la Cour des Aides de Montauban. Cette charge étant anoblissante, il ajouta à son nom celui des terres acquises par sa famille au fil des siècles. Ainsi, il devint : Louis Bugeaud écuyer, seigneur des fiefs de la Ribeyrolie, la Piconnerie, les Plasses et la Durantie. Louis, s’inscrit dans la montée en puissance d’une bourgeoisie d’affaires, active, dynamique mais dont le grand rêve était non seulement de posséder un titre de noblesse, mais aussi de participer activement à l’expansion économique de sa province d’origine. Cette noblesse de robe, très récente de surcroît, à une époque où il était bon de posséder derrière soi une longue lignée noble, ne fut jamais bien acceptée par la noblesse d’épée. Même si certains de leurs contemporains les considérèrent comme des “parvenus”, l’ascension sociale de la famille Bugeaud se prolongea jusqu’à la veille de la révolution.
“Le vécu” des Bugeaud à Excideuil commença en 1740, lorsque Simon le grand père du Maréchal loua une maison Rue du Roc.
1ère halte - rue du Roc (Maison Combescot)
Simon Bugeaud exerça longtemps la profession de Maître de Forge. À cette époque, la forge basse de Gandumas était très active. Simon avait épousé une demoiselle de souche excideuillaise, Marie Dalesme (ou d’Alesme on trouve les deux orthographes) ce qui explique peut être le choix de leur résidence. Lorsqu’ils louèrent la maison, elle était la propriété de l’abbé Boysset (ou Boisset), alors curé de Sarliac. La famille était fort nombreuse, Marie et Simon avaient eu 24 enfants, dont Jean-Ambroise, père du futur maréchal né en 1830.
À partir de 1754, Simon Bugeaud vécut de ses rentes très importantes et se retira à la Durantie, berceau de la famille. Certains enfants demeurèrent à Excideuil dont Pierre, seigneur des Plasses, qui signa en 1790 dans la ville, “l’acte d’union de tous les citoyens”. Jean Ambroise le père du Maréchal habita aussi cette maison. Il revint fréquemment à Excideuil certainement chez ses deux frères qui y habitaient … mais où ? Le mystère reste entier à ce jour.
En 1771, Jean-Ambroise qui se paraît du titre de Marquis, épousa à Paris, Françoise Sutton de Clonard une jeune noble irlandaise. Le couple s’installa à Limoges, dans un hôtel particulier de la Rue Cruche d’or, où naquit le 15 octobre 1784, Thomas Robert 14ème et dernier de la famille (7 enfants restèrent en vie Patrice / Ambroise/ Thomassine / Françoise-Philis / Hèlène-Éléonore / Marie-Antoinette / Thomas-Robert).
Après avoir parcouru l’Europe avec l’armée de Napoléon, le jeune colonel Bugeaud fut mis en demi-solde, pour avoir soutenu “l’usurpateur”. Tout naturellement, il revint en Périgord. Il acheta tout d’abord un domaine à Saint-Pantaly où il s’attacha à pratiquer une agriculture moderne, tournée vers un progrès encore inconnu dans la région.
Après son mariage avec Élisabeth Jouffre de La Faye, il racheta la Durantie puis acquit une maison confortable à Excideuil.
2ème halte - Rue d’Isly, maison du Professeur Dufraisse
La Maison de la Rue d’Isly (ex rue Porte-Faucher) fut acquise par le Maréchal dans les années 1830. Pourtant lors de son mariage en 1818, sur l’acte religieux, le jeune époux est domicilié à Excideuil. Plusieurs lettres de 1826 sont aussi datées d’Excideuil, et son fils Léonard (dit Léo) est né dans cette ville en 1829. Faut il penser, que les Bugeaud possédèrent un autre immeuble à Excideuil ?
En 1830, alors qu’il résidait dans la ville, la révolution de juillet l’amena à organiser la garde nationale. Son expérience militaire lui fit créer deux compagnies afin d’assurer le maintien de l’ordre, et de gagner en mobilité d’intervention. L’armée le réclama à nouveau, et il partit pour Grenoble comme commandant du 56ème de ligne. Là, il apprit la disparition prématurée de son petit garçon. À Excideuil où il revint, il acheta une concession au cimetière où “le petit Léo” fut inhumé.
En 1831, poussé par ses amis il se lança dans la politique. Député de la circonscription d’Excideuil il fut réélu avec plus ou moins d’avance sur ses adversaires, jusqu’en 1848 (élections du 7 juillet 1831 : Bugeaud 93 voix, son adversaire le Docteur Montagut 88 voix).
Son action politique, son salon très fréquenté (pas toujours innocemment), ses travaux agricoles le firent surnommer, “le Cincinnatus d’Excideuil” (Cincinnatus fut un général romain mais aussi un dictateur).
Las de la politique, il se retira sur ses terres s’acharna à défendre les agriculteurs et à moderniser leurs techniques. Appelé en Algérie, il n’oublia pas Excideuil et y revient chaque fois que ses congés le lui permettaient. Madame Bugeaud appréciait cette maison, et la vie beaucoup plus animée à Excideuil qu’à la Durantie.
En 1858, la ville d’Excideuil décida de débaptiser la Rue Porte-Faucher pour l’appeler Rue d’Isly. Ainsi, était immortalisée tout près de sa maison, la brillante victoire remportée sur les rives de l’Isly contre 30.000 Marocains, le 17 août 1844. La nouvelle plaque fut inaugurée par le Maire et son conseil municipal, le jour de la fête de la Sainte-Constance, le dimanche 5 septembre à 7 h du matin.
3ème halte - L’Église au XIXème siècle
L’église Saint-Thomas se trouvait en fort piteux état. Les incendies, les ravages de la révolution, rien depuis des siècles ne lui avait été épargné. De grands travaux de restauration furent alors entrepris, pour lui redonner l’éclat qu’elle avait connu au XVème siècle grâce aux travaux effectués sur ordre de Jeanne de Bretagne. Les familles de notables, les congrégations religieuses, les associations offrirent des vitraux. Dans le chœur, à gauche de l’autel, on peut encore admirer celui offert par la famille Bugeaud. Il porte très discrètement les armes des Bugeaud, et la devise du Maréchal “Ense et Aratro”. Dans la chapelle de Sainte-Constance, à gauche du retable de Saint-François, on peut encore voir un tableau, arrivé à Excideuil, grâce à l’intervention du Maréchal. Il s’agit de la “descente de la croix”.
En 1850, Madame la Maréchale Bugeaud vint voir le prêtre de la paroisse, afin de lui demander de célébrer une messe à la mémoire de son défunt mari et d’y convier tous les excideuillais et gens des alentours. Le prêtre craignant que son église ne fût trop petite pour contenir la foule, conseilla à la maréchale de dresser un autel en plein champ. Ses enfants l’ayant découragée d’entreprendre une telle chose, Madame Bugeaud fit dire une messe en l’église Saint-Thomas… mais il ne vint que 30 personnes.
4ème halte - La Fontaine Bugeaud
Le 30 janvier 1833, lors d’une fête aux Tuileries, le Comte d’Argout alors ministre de l’intérieur, demanda au Général Bugeaud s’il accepterait “une mission de confiance et de dévouement”. Sans attendre plus d’éclaircissement, Bugeaud qui était au service de l’État, répondit oui. Bugeaud adorait danser et quitta le bal fort tard. De retour chez lui il trouva l’ordre de partir pour la forteresse de Blaye. À la citadelle était détenue la duchesse de Blaye, nièce de Charles X, mère d’Henri de Bourbon dont elle voulait faire le Roi Henri V. Elle avait débarqué en France, avait tenté de soulever la Vendée et avait été arrêtée à Nantes, au terme d’une aventure des plus rocambolesques. À contre cœur , le général accepta sa nomination de gouverneur de la citadelle de Blaye. Ce fut avec beaucoup de réticence qu’il accepta ce rôle de geôlier qui ne lui semblait guère glorieux pour le soldat qu’il était. Cette mission fut rendue encore plus pénible par la grossesse de la Duchesse, veuve depuis de nombreuses années. Bugeaud savait qu’il serait plus tard critiqué, calomnié, mais chez lui le devoir d’obéissance l’emportait. Il eut avec la Duchesse quelques difficultés, car elle n’était pas du style à plier devant un représentant des Orléans qu’elle considérait comme une famille d’usurpateurs. Le général, à force de courtoisie obtint d’elle une confession : elle avait épousé secrètement le comte Lucchesi-Palli, et attendait un enfant de cette union. Lorsqu’elle eut accouché d’une petite fille, Bugeaud raccompagna la mère et l’enfant à Palerme.
La monarchie pour récompenser Bugeaud, lui offrit une somme de 30.000 francs. Au départ, il songea à refuser cet argent qui lui rappelait de bien mauvais souvenirs. Puis, il se ravisa et pensa que ces 30.000 francs pourraient être utiles aux deux villes auxquelles il était très attaché, Lanouaille et Excideuil. Il partagea donc l’argent entre les deux bourgs, grâce à lui, les excideuillais purent avoir l’eau courante qu’ils réclamaient à corps et à cris, depuis de longues années à leur municipalité.
La source de Leyraudie fut captée, son propriétaire Monsieur de Beauregard en accorda gratuitement la concession et demanda à titre compensatoire, “un bassin pour son jardin de la rue des Cordeliers”. Le 18 juin 1833, la municipalité d’Excideuil nomma quatre commissaires chargés de surveiller les travaux : Chavoix, Debotas, Vendeuil et Rabaud tous membres du conseil municipal. Un château d’eau semi-enterré fut édifié sur une colline face à la source. Manuel Morens sculpteur du palais de justice de Périgueux exécuta la construction de la fontaine. La fonte fut fournie par la forge de Monsieur Festugière, beau-frère du Maréchal. Plusieurs bornes fontaines furent aussi installées dans la ville. Le Maréchal avait insisté pour que son quartier en possédât une. Elle devait se situer entre la rue du Repos et la rue du Four.
Excideuil reconnaissante, aurait du placer sur le monument une plaque de marbre noir portant l’inscription : “Au Général Bugeaud — Député — La ville d’Excideuil reconnaissante” ou plus sobrement “Donné par le Général Bugeaud, Député”.
Le 5 septembre 1858, la place du marché où trône toujours la fameuse fontaine fut débaptisée et devint la Place Bugeaud.
5ème halte - La rue Jean-Chavoix
Au n° 12 de cette rue habitait Jean-Chavoix, ennemi politique de Bugeaud. Jean-Baptiste Chavoix était médecin et son caractère vif et emporté égalait celui de Thomas-Robert Bugeaud. Au départ les deux hommes furent amis. Chavoix (né en 1805 et mort en 1881) demanda même à son aîné des conseils. Peu à peu, Chavoix qui était à gauche ne comprit plus l’homme de l’ordre, favorable à une droite modérée et partisan de la censure qu’était Bugeaud. À partir de 1836, le fossé entre les deux hommes se creusa. Chavoix était maire d’Excideuil, conseiller de l’arrondissement de Périgueux et faisait triompher ses idées totalement opposées à celles de Bugeaud. Chaque fois que Bugeaud se présentait et obtenait un succès électoral, Chavoix hurlait à l’irrégularité… En 1846 le Maréchal Bugeaud fut très difficilement élu et une chanson en forme de pamphlet raconta sa discrète élection à Excideuil. La crise entre Bugeaud et Chavoix atteignit son paroxysme en 1848. Bugeaud qui ne supportait plus son adversaire politique l’avait surnommé “le Diafoirus électoral d’Excideuil”.
Après les journées révolutionnaires de février 1848 et la naissance de la république, Bugeaud accusé de tous les maux par ses détracteurs comprit qu’il lui était impossible de se représenter en Dordogne. C’est en Charente-Inférieure (Charente-Maritime) qu’il fit campagne et il y fut élu triomphalement. Mais le Maréchal ne désarmait pas, un succès dans une province étrangère ne lui suffisait pas, c’est chez lui en Dordogne qu’il voulait être élu.
6ème halte - Le Champ de Foire
En 1832, après avoir crée le 1er Comice Agricole à Lanouaille en 1824, Bugeaud organisa celui d’Excideuil. Sur le champ de foire étaient exposés, le bétail, les produits agricoles et le matériel nouveau tel que le fameux cultivateur qui permettaient un labour plus profond. Bugeaud, en tant que président du comice remettait des primes à 20 agriculteurs qui avaient accepté d’innover. Son discours toujours prononcé en occitan, car il possédait sur le bout du doigt cette langue, était simple et direct et s’attachait toujours à faire de l’agriculture la base économique du pays. Après les discours, le banquet, tradition oblige en Périgord réunissait tous les participants. Le soir un bal champêtre clôturait le comice qui devint très vite une des grandes fêtes de la ville.
Sur cette place aussi, Bugeaud connut une affreuse déception. Lors des élections législatives de mai 1849, il se présenta sur une liste modérée. Face à lui, la gauche menée par un Jean-Baptiste Chavoix alors très populaire à Excideuil. La gauche l’emporta avec 62.200 voix, sur le canton d’Excideuil, la liste Bugeaud ne recueillit que 751 suffrages contre 1917 pour ses adversaires. À Excideuil, les partisans de Chavoix se rassemblèrent au Champ de Foire, firent la fête et dansèrent. Quant au Maréchal amer et écœuré, il se cloîtra dans la maison de la rue Porte-Faucher.
7ème halte - La Statue de Bugeaud
En 1852, La statue fut inaugurée à Alger. Elle se trouvait Place d’Isly au cœur de la ville. Elle traduisait le rôle essentiel du Maréchal dans la conquête et l’organisation de ce pays. En Algérie, Bugeaud participa à 5 expéditions entre 1836 et 1847. Il fut aussi gouverneur général d’Algérie. En 1844, la bataille d’Isly le vit obtenir le titre de Duc. Lorsque la France quitta l’Algérie, la statue de la Place d’Isly fut rapidement descendue de son piédestal et expédiée à bord d’un cargo, via Marseille.
Excideuil où le souvenir du Maréchal était lien vivant s’empressa de la réclamer. Malheureusement, elle fut dans un 1er temps attribué à Albertville. Le Maréchal il est vrai, avait été colonel à Grenoble, puis commandant en chef de l’armée des Alpes à Lyon. Or, les excideuillais ne désarmèrent pas. La municipalité bien aidée par un comité de soutien, obtint le retour de la statue dans la ville où il avait vécu et où certains lieux témoignent encore de son existence. Érigée sur la place des Promenades en 1967 elle aurait du être inaugurée en 1969, mais la cérémonie en raison de la maladie du maire fut annulée.
Après avoir été restauré, la statue put être enfin inaugurée le 20 juin 1999. 150 ans après sa disparition (le 10 juin 1849) Excideuil lui rendit un hommage mérité. Le Maréchal Bugeaud est mort à Paris (le 10 juin 1849) du choléra, qui dans la capitale, fit ce jour là 672 victimes.
Sources utilisées :
Archives municipales d’Excideuil / Général Azan : Bugeaud / J.P. Bois : Bugeaud / Maurice Andreux : ” Le Père Bugeaud ” / Jean Mauhourguet : Bugeaud le Soldat-Laboureur / Édouard de Lamaze : Bugeaud / Comte d’Idéoille : Correspondance du Maréchal Bugeaud.
© Jacqueline Desthomas — S.I. Excideuil — Dépôt légal Juin 2000/2008



