Poème “La Fontaine”

Poème “La Fontaine”

La fontaine Bugeaud coule sous ma fenêtre
Dispensant sa fraîcheur tout au long de l’été ;
Souvent, je la contemple ; elle est source, peut-être,
De mon songe actuel évoquant le passé.
Vivante au carrefour, grande dame en la place,
Elle a souffert, un peu, des ans et l’âpreté
Des hivers la transforme et l’habille de glace,
Élégante parure haussant sa majesté.

En lui donnant l’aspect aimé des vieilles pierres,
Les temps ont donc offert de bien plus beaux atours
Qu’un ensemble de fonte… Ainsi, les eaux calcaires
L’ont mise à l’unisson des maisons d’alentour.

Ce soir, elle a pour moi confidence indiscrète
Contant de l’autrefois tous les faits du quartier ;
Très fidèle témoin du jour sombre ou de fête,
Elle est triste ou joyeuse à l’instar du clocher.

J’écoute, en m’endormant, sa longue sérénade
Qui ne put que bercer et je rêve d’un parc
Où le faune poursuit la sylvestre dryade,
Où le Dieu Cupidon s’exerce au tir à l’arc…

Je ne suis point chargé de juger, je le prône,
Le colonel Bugeaud, intrépide guerrier,
Qui, mettant son épée au service du trône,
Dût se plier, par ordre, au métier de geôlier.

De la couronne il eût prix du sacrifice,
Et c’est de cet argent qu’il fit, à Excideuil,
Don de cette fontaine, à la cité propice ;
À deux pas de l’église, elle flatte notre œil.

Fontaine murmurant ta complainte dans l’ombre,
Tu ruisselles de l’onde émise du passé ;
Cygnes décapités, en votre allure sombre,
Symboles, vous portez deuil de la royauté… !

Touristes qui venez caresser l’eau princière,
D’un geste machinal, imputable à l’été,
Saluez donc, aussi, l’orne à l’allure altière
Qui s’honore du nom d’Arbre de Liberté !

24 octobre 1970, Yvan Cassagne
 





*:.Obiwane