La Cité de Clairvivre à 70 ans
La Cité de Clairvivre à 70 ans
70 ans, ce n’est plus la première jeunesse. Pourtant la « cité radieuse », comme elle était surnommée, n’a pas pris une ride. Même mieux, un coup de « blush » bleuté pour rehausser les grandes baies vitrées des solariums, un coup de fond de teint jaune pour mettre en valeur ses façades, et voilà une septuagénaire plus rayonnante que jamais. Seule une longue balafre marque le sol vers le Grand-Hôtel, due aux récents travaux de réaménagement des égouts.
Christian Arfeuille, le directeur, dans son allocution, a retracé la gestation assez tumultueuse de l’enfant chéri d’Albert Delsuc. Les difficultés financières qui surgirent avant même la naissance faillirent faire avorter le projet. Enfin, 40 millions, de l’époque, furent instillés à dose homéopathique, au goutte à goutte, et chaque injection était scrupuleusement contrôlée et vérifiée. Le bébé, conçu par Pierre Forestier pour le compte d’Albert Delsuc – président de la Fédération des Blessés du Poumon et Chirurgicaux – avait une telle voracité financière que le projet initial d’environ 500 pavillons était ramené à moins de 200. À partir 1931, l’Europe élargie, puisque les périgourdins et les alsaciens – déjà – aidés par des albanais, tchèques, polonais, italiens, espagnols, allemands et algériens s’occupaient du bon développement du bébé. Ils étaient environ 800, à travailler jour et nuit, à préparer, avec pelles, pioches, brouettes et même concasseur, l’arrivée de l’enfant prévue pour 1933.
Les premiers habitants prirent possession de leurs locaux à partir du 1er juillet 1933. Chaque pavillon comportait dans la cuisine des plaques de cuisson et un four électriques, une « glacière automatique » ancêtre du réfrigérateur, avec l’eau chaude et froide au robinet, tout comme la salle de bain et les W.C., et un chauffage, qui pour ne pas être central, n’en était pas moins individuel et automatique. Un réseau séparatif collectait les eaux de pluies et les eaux vannes et usées. Ces dernières étaient traitées ensuite dans une station d’épuration totalement biologique. Il y avait aussi le téléphone dont une standardiste enfonçait les fiches pour établir les communications. On pouvait également se procurer aux magasins généraux, véritables « galeries Lafayette », des postes de T.S.F., appareils photos et autres articles de luxe.
Le baptême, grandiose, était prévu pour le 30 Juillet de cette même année. Tout ce que la France comptait comme sommités politiques et médicales était là. La décentralisation aussi…, avec l’Opéra, la Comédie Française, l’Opéra Comique de l’Odéon : un millier d’artistes allait animer cette journée. La présence de la Garde Républicaine et de la Garde Écossaise, la Fête Nautique, le Gala Aérien ainsi que le feu d’artifice attestaient de l’ampleur des festivités, de même que les « six mille bouteilles de Chambertin » asséchées ce jour là. Alphonse Allais aurait, sans doute, été heureux de cette « ville à la campagne ». Albert Delsuc ayant refusé que son patronyme soit porté par son enfant, le nom de baptême serait donc CLAIRVIVRE.
Clairvivre , né pour porter aide et assistance aux tuberculeux y réussit parfaitement. Pourtant dès son plus jeune âge, en 1936, il est confronté aux grèves qui le privèrent de mazout, et par voie de conséquence d’électricité, de chauffage, etc. Il accueillit les réfugiés espagnols chassés par la guerre civile. Clairvivre, bien qu’inachevé et déjà fortement délabré, grâce à sa vocation médicale, sa situation géographique, son modernisme et ses dimensions, devint le lieu de repli de l’Hôpital Universitaire de Strasbourg dès septembre 1939. En Juin 1940, Clairvivre hébergea Irène Joliot-Curie et son radium, qui comme le rappela Christian Arfeuille, avait laissé des traces polluantes sur le site et obligea l’établissement à décontaminer dans un passé très récent.
Toujours en 1940, la légion s’installa à Clairvivre après s’être séparée de la famille Delsuc et de ses proches collaborateurs. L’intendant Général Poirel et le Capitaine Selvez prirent la direction. L’imprimerie de Clairvivre devint l’imprimerie officielle de la Légion. En 1941 - 42 s’organisèrent les premières forces de résistance qui virent éclore les « Bataillon Violette » et « Brigade RAC ». De fait, la cité devint « l’Hôpital des réfugiés et des maquisards ». Christian Arfeuille, avec un large sourire, mentionne dans son allocution que les agriculteurs locaux étaient devenus très maladroits tant le nombre d’admis à l’hôpital pour blessures par « coup de fourche » était devenu important… Les prouesses du Professeur Fontaine et de ses collaborateurs donnèrent à cet Hôpital une notoriété exemplaire. Courant 1945, la faculté de Médecine repartit sur Strasbourg et Albert Delsuc, satisfait de la conduite de Clairvivre pendant la guerre, pouvait reprendre les rênes de la Cité et la rendre à sa vocation première.
En 1954, grâce à une gestion rigoureuse, il put annoncer que plus de quatre vingt millions avaient été consacrés à la restauration de la cité et ce, uniquement, sur les excédents de recettes. C’est dans les années cinquante que naquit la formation des adultes malades. Tout démarra dans une chambre de malade qui réparait des pendules, et il fût si vite dépassé qu’il forma un de ses admirateur pour l’aider. Rapidement, suite à l’intervention du docteur Revol, se sont dix sections différentes qui virent le jour. Ainsi venait de naître la nouvelle vocation de Clairvivre. C’est en 1957 le couronnement de « l’état d’esprit de Clairvivre » avec la venue sur place des représentants de 17 pays à l’instigation du Bureau International du Travail.
Après de nombreuses difficultés, Clairvivre est repris en main par le département sous la houlette du Général Rivière, puis par Christian Arfeuille depuis une vingtaine d’années. Aujourd’hui ce sont, bon an mal an, 250 stagiaires au Centre de Réadaptation Professionnelle ; et 200 C.A.T. qui sont accueillis – dans une douzaine de sections – par plus de 300 employés. Les résultats sont probants puisque le taux de réussite dans le reclassement est de l’ordre de 80%.
Sans commune mesure avec les festivités inaugurales de 1933, le 70ème anniversaire sera certainement un grand cru. Visite des divers ateliers, exposition de documents retraçant l’histoire de Clairvivre, projection vidéo de films de l’époque, livres consacrés à l’Établissement, et à la mairie une exposition de photos d’élèves de diverses classes ayant fréquenté Clairvivre. « Tintamarre », groupe de la cité, a déambulé dans la rue principale accompagné des percussionnistes de Bergerac. L’orage, ou plutôt une pluie violente au bon moment, à permis un rassemblement très rapide des visiteurs pour les discours et une excellente participation…
Une éclaircie durable a permis aux 1500 visiteurs de prendre des forces à l’apéritif pour leur permette d’affronter sereinement la longue nuit à venir. Le groupe « l’Ère de Rien », mine de rien, à réussi une excellente prestation. C’est sur deux longueurs de table, dont l’une faisait une centaine de mètres, dressées devant le Grand-Hôtel que les convives purent se restaurer, tout en regardant évoluer le groupe folklorique « Los Sent German dau Périgord ». Malgré le nombre de places proposées à table certains ont dû se contenter des marches et de leurs genoux pour déguster leur buffet tant la foule était dense. Puis vint le feu d’artifice, tiré face au Grand-Hôtel, d’une rare beauté. « J’en ai vu à la Concorde et à Biarritz au Rocher de la Vierge, et celui là n’a rien à leur envier » disait l’un des convives. Pour clore la journée soirée dansante assurée par « Manhattan » et ce jusqu’à l’aube naissante.
J.J.J.
Madeleine PORCHAT est une Clairvivante de la première heure. Elle est arrivée début mars 1934 et n’à jamais songé à s’en aller. Intarissable sur la vie de Clairvivre, elle conte volontiers : « lorsque la légion dirigeait Clairvivre, et que l’imprimerie devint l’imprimerie officielle, il se fabriquait autant – ou presque – de faux documents que de vrais ».
70 ans, ce n’est plus la première jeunesse. Pourtant la « cité radieuse », comme elle était surnommée, n’a pas pris une ride. Même mieux, un coup de « blush » bleuté pour rehausser les grandes baies vitrées des solariums, un coup de fond de teint jaune pour mettre en valeur ses façades, et voilà une septuagénaire plus rayonnante que jamais. Seule une longue balafre marque le sol vers le Grand-Hôtel, due aux récents travaux de réaménagement des égouts.
Christian Arfeuille, le directeur, dans son allocution, a retracé la gestation assez tumultueuse de l’enfant chéri d’Albert Delsuc. Les difficultés financières qui surgirent avant même la naissance faillirent faire avorter le projet. Enfin, 40 millions, de l’époque, furent instillés à dose homéopathique, au goutte à goutte, et chaque injection était scrupuleusement contrôlée et vérifiée. Le bébé, conçu par Pierre Forestier pour le compte d’Albert Delsuc – président de la Fédération des Blessés du Poumon et Chirurgicaux – avait une telle voracité financière que le projet initial d’environ 500 pavillons était ramené à moins de 200. À partir 1931, l’Europe élargie, puisque les périgourdins et les alsaciens – déjà – aidés par des albanais, tchèques, polonais, italiens, espagnols, allemands et algériens s’occupaient du bon développement du bébé. Ils étaient environ 800, à travailler jour et nuit, à préparer, avec pelles, pioches, brouettes et même concasseur, l’arrivée de l’enfant prévue pour 1933.
Les premiers habitants prirent possession de leurs locaux à partir du 1er juillet 1933. Chaque pavillon comportait dans la cuisine des plaques de cuisson et un four électriques, une « glacière automatique » ancêtre du réfrigérateur, avec l’eau chaude et froide au robinet, tout comme la salle de bain et les W.C., et un chauffage, qui pour ne pas être central, n’en était pas moins individuel et automatique. Un réseau séparatif collectait les eaux de pluies et les eaux vannes et usées. Ces dernières étaient traitées ensuite dans une station d’épuration totalement biologique. Il y avait aussi le téléphone dont une standardiste enfonçait les fiches pour établir les communications. On pouvait également se procurer aux magasins généraux, véritables « galeries Lafayette », des postes de T.S.F., appareils photos et autres articles de luxe.
Le baptême, grandiose, était prévu pour le 30 Juillet de cette même année. Tout ce que la France comptait comme sommités politiques et médicales était là. La décentralisation aussi…, avec l’Opéra, la Comédie Française, l’Opéra Comique de l’Odéon : un millier d’artistes allait animer cette journée. La présence de la Garde Républicaine et de la Garde Écossaise, la Fête Nautique, le Gala Aérien ainsi que le feu d’artifice attestaient de l’ampleur des festivités, de même que les « six mille bouteilles de Chambertin » asséchées ce jour là. Alphonse Allais aurait, sans doute, été heureux de cette « ville à la campagne ». Albert Delsuc ayant refusé que son patronyme soit porté par son enfant, le nom de baptême serait donc CLAIRVIVRE.
Clairvivre , né pour porter aide et assistance aux tuberculeux y réussit parfaitement. Pourtant dès son plus jeune âge, en 1936, il est confronté aux grèves qui le privèrent de mazout, et par voie de conséquence d’électricité, de chauffage, etc. Il accueillit les réfugiés espagnols chassés par la guerre civile. Clairvivre, bien qu’inachevé et déjà fortement délabré, grâce à sa vocation médicale, sa situation géographique, son modernisme et ses dimensions, devint le lieu de repli de l’Hôpital Universitaire de Strasbourg dès septembre 1939. En Juin 1940, Clairvivre hébergea Irène Joliot-Curie et son radium, qui comme le rappela Christian Arfeuille, avait laissé des traces polluantes sur le site et obligea l’établissement à décontaminer dans un passé très récent.
Toujours en 1940, la légion s’installa à Clairvivre après s’être séparée de la famille Delsuc et de ses proches collaborateurs. L’intendant Général Poirel et le Capitaine Selvez prirent la direction. L’imprimerie de Clairvivre devint l’imprimerie officielle de la Légion. En 1941 - 42 s’organisèrent les premières forces de résistance qui virent éclore les « Bataillon Violette » et « Brigade RAC ». De fait, la cité devint « l’Hôpital des réfugiés et des maquisards ». Christian Arfeuille, avec un large sourire, mentionne dans son allocution que les agriculteurs locaux étaient devenus très maladroits tant le nombre d’admis à l’hôpital pour blessures par « coup de fourche » était devenu important… Les prouesses du Professeur Fontaine et de ses collaborateurs donnèrent à cet Hôpital une notoriété exemplaire. Courant 1945, la faculté de Médecine repartit sur Strasbourg et Albert Delsuc, satisfait de la conduite de Clairvivre pendant la guerre, pouvait reprendre les rênes de la Cité et la rendre à sa vocation première.
En 1954, grâce à une gestion rigoureuse, il put annoncer que plus de quatre vingt millions avaient été consacrés à la restauration de la cité et ce, uniquement, sur les excédents de recettes. C’est dans les années cinquante que naquit la formation des adultes malades. Tout démarra dans une chambre de malade qui réparait des pendules, et il fût si vite dépassé qu’il forma un de ses admirateur pour l’aider. Rapidement, suite à l’intervention du docteur Revol, se sont dix sections différentes qui virent le jour. Ainsi venait de naître la nouvelle vocation de Clairvivre. C’est en 1957 le couronnement de « l’état d’esprit de Clairvivre » avec la venue sur place des représentants de 17 pays à l’instigation du Bureau International du Travail.
Après de nombreuses difficultés, Clairvivre est repris en main par le département sous la houlette du Général Rivière, puis par Christian Arfeuille depuis une vingtaine d’années. Aujourd’hui ce sont, bon an mal an, 250 stagiaires au Centre de Réadaptation Professionnelle ; et 200 C.A.T. qui sont accueillis – dans une douzaine de sections – par plus de 300 employés. Les résultats sont probants puisque le taux de réussite dans le reclassement est de l’ordre de 80%.
Sans commune mesure avec les festivités inaugurales de 1933, le 70ème anniversaire sera certainement un grand cru. Visite des divers ateliers, exposition de documents retraçant l’histoire de Clairvivre, projection vidéo de films de l’époque, livres consacrés à l’Établissement, et à la mairie une exposition de photos d’élèves de diverses classes ayant fréquenté Clairvivre. « Tintamarre », groupe de la cité, a déambulé dans la rue principale accompagné des percussionnistes de Bergerac. L’orage, ou plutôt une pluie violente au bon moment, à permis un rassemblement très rapide des visiteurs pour les discours et une excellente participation…
Une éclaircie durable a permis aux 1500 visiteurs de prendre des forces à l’apéritif pour leur permette d’affronter sereinement la longue nuit à venir. Le groupe « l’Ère de Rien », mine de rien, à réussi une excellente prestation. C’est sur deux longueurs de table, dont l’une faisait une centaine de mètres, dressées devant le Grand-Hôtel que les convives purent se restaurer, tout en regardant évoluer le groupe folklorique « Los Sent German dau Périgord ». Malgré le nombre de places proposées à table certains ont dû se contenter des marches et de leurs genoux pour déguster leur buffet tant la foule était dense. Puis vint le feu d’artifice, tiré face au Grand-Hôtel, d’une rare beauté. « J’en ai vu à la Concorde et à Biarritz au Rocher de la Vierge, et celui là n’a rien à leur envier » disait l’un des convives. Pour clore la journée soirée dansante assurée par « Manhattan » et ce jusqu’à l’aube naissante.
J.J.J.
Madeleine PORCHAT est une Clairvivante de la première heure. Elle est arrivée début mars 1934 et n’à jamais songé à s’en aller. Intarissable sur la vie de Clairvivre, elle conte volontiers : « lorsque la légion dirigeait Clairvivre, et que l’imprimerie devint l’imprimerie officielle, il se fabriquait autant – ou presque – de faux documents que de vrais ».
